A PROPOS DU VOYAGE

de La Double Constance ou le voyage de Max
Réalisation de l'image : Isabelle Million et Adolfo Izquierdo 

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L’expérience d’un voyage fait sauter tous les verrous émotionnels qui fonctionnent plus ou moins parfaitement lorsque nous sommes sur "notre territoire", surtout si nous sommes déstabilisés par des difficultés personnelles.
Dès lors que nous sommes privés de nos marques, les “coutures craquent”... C'est ainsi que nous sommes amenés à montrer ce que nous cachons habituellement.
Le choix du prisme de la duplicité n'a aucune volonté moralisatrice. C'est un constat : l’humain, voulant se protéger, s’enveloppe de mensonges. Il se révèle, au cours de notre spectacle tel qu’il est, ni beau, ni laid,  imparfait. Par ailleurs nous avons pris garde à présenter nos personnages sans le manichéisme des histoires de gentils autochtones et de méchants touristes, mais juste avec une envie de s’enrichir au contact d’autres cultures qui ont toutes quelque chose à nous apporter.

Aux dogmes, modèles, certitudes de toutes sortes, un grand sage opposait la vigilance, la prise de risque, la remise en question, individuelle et permanente. Il disait « La vérité n’a pas de sentier, et c’est cela sa beauté : elle est vivante ». Pour y accéder, il suffit de porter l’attention la plus vive à notre présent, notre quotidien.

Pour les habitants de contrées (Cuba, par exemple) où le quotidien se résume, en grande partie, à la recherche de ce qui permet la survie, ce dernier enseignement parait aller de soi. Malheureusement la misère induit rarement la sagesse car les difficultés récurrentes – des études sérieuses et récentes le démontrent – ne laissent aucune disponibilité pour la remise en question, individuelle et permanente. Il est courant, par contre, que les êtres désespérés prennent des risques extraordinaires dès lors qu’ils n’ont plus rien à perdre que la vie, surtout si des êtres chers sont à sauver.

« L’ignorance est de ne pas se connaître soi-même profondément et vous ne pouvez pas vous connaître si vous êtes incapables de vous regarder, de vous voir tels que vous êtes, maintenant, sans déformation, sans désir de changer. Dès cet instant, ce que vous verrez sera transformé, parce que la distance entre l’observateur et la chose observée ayant disparu, les conflits auront fait de même ».

Savoir, au sens où l’entend Krishnamurti, c’est « se dénuder complètement, se dépouiller des accumulations du passé et aborder la provocation (de la vie) à la façon d’un être neuf »
C’est se libérer de sa pensée, réaction de la mémoire visant à répéter un schéma connu, rassurant.

La peur empêche l’Esprit de s’épanouir : dès que vous avez peur, il devient difficile, voire impossible, d’apprendre.

La peur est à l’origine de choix étranges et paradoxaux puisque pour se protéger, elle induit les êtres à "se mettre en danger de ne rien affronter", elle amène les êtres à se perdre, à ne plus savoir ce qui leur convient vraiment, à ne plus savoir dire « non », ce petit mot magique indispensable pour que le « oui » ait une quelconque valeur.

En effet, le « oui » signifie l’engagement, l’adhésion. S’il est dicté par la peur, toute une partie de l’être est déchiré. Comme vivre ainsi ? Et comment cela n’aurait-il pas d'influence ensuite sur toutes sortes de choses et de gens si le moindre souffle d’air peut changer la surface de l’eau ?

Ainsi Max, au court de son voyage, va-t-il expérimenter l’obligation – peut-être passagère – de devoir s’observer et de se connaître, voire de se reconnaître. Confronté aux difficultés rencontrées par d’autres pour la survie, ses propres problèmes ne perdront pas leur importance ni leur acuité mais ils adopteront une dimension émotive qui permettra à cet homme perdu de se retrouver et de tirer parti de cet épisode douloureux de son existence. De même, son passage dans la vie des autres auta-il un effet sur eux, bon ou mauvais. Ce sera ce qu'ils en feront, selon leur possibilités et leur capacité à choisir hors la peur.

Lisa Torriente