DOSSIER

DOSSIER La Double Constance

SYNOPSIS

Max, la soixantaine, n’aime pas voyager. Pourtant, il s’embarque pour un périple à l’autre bout du monde. Pour la première fois de sa vie il fait quelque chose d’irrationnel. Il partage cette aventure avec une femme qu’il rencontre fortuitement dans un avion. Ils se connaissent depuis longtemps. Cette coïncidence est-elle le fruit du hasard ? Sait-il vraiment qui est cette compagne de voyage ? Bouleversé par cet inattendu voyage, drôle ou pittoresque, voire douloureux, cet homme est transformé malgré lui.

La Double Constance est une réflexion, qui se veut amusante et émouvante, sur l’avenir amoureux qu’on peut espérer à 60 ans à travers le prisme de la duplicité des êtres.

DEMARCHES ET PROJET

Mentir ? Tout le monde ment y compris les plus sincères d’entre nous. Les histoires d’amour sont un terrain favorable pour raconter des histoires, à soi et aux autres.

L’humain est un animal qui vit généralement en meute. Il n’aime pas être seul. Le besoin reptilien de perpétrer la race a cédé la place à celui d’aimer et d’être aimé.
Pour y parvenir, le cerveau – et non pas le cœur – est disposé à tous les arrangements avec lui-même. Que sommes-nous prêts à faire pour être (encore) aimés et désirés ?
Se diriger vers la dernière partie de sa vie questionne. Si nous sommes célibataires ou si le couple que nous avons formé se rompt à l’orée du 3ème âge, cela nous condamne-t-il à la solitude ?

Cuba, vieux pays qui appartient au Nouveau Monde, n’est pas le sujet de la pièce mais c’est à Cuba que se déroule cette histoire. Le choix de ce pays n’est pas anodin.  Il représente un exemple unique en son genre. Par son appartenance au tiers monde du fait de son PIB et réalisant une alphabétisation à 100% de sa population, entre culture foisonnante – favorisée par le régime politique – et culture de la survie, Cuba offre un terrain propice à nos questionnements parce qu’objets de fantasmes et d’idées reçues, destination de vacances et de sexe pour les uns et île entourée de requins, où la lutte quotidienne pour vivre un jour de plus mène au meilleur et au pire.

Lorsqu’on a 60 ans, la révolution cubaine, Mai 68, c’est notre adolescence, le moment où tout commence… une quarantaine d’années plus tard peut-on tout recommencer ?

Pour donner vie à ces interrogations il a fallu trouver un langage commun, entre THEÂTRE et CINEMA D’ANIMATION, au-delà et avec des cultures et des parcours différents :

Aspects de la mise en scène

La mise en scène sera réalisée par Carlos Díaz (Prix National 2015 du Théâtre Cubain) dont le travail est reconnu comme révélateur d’émotions, surfant sur la bienséance, jouant les cartes de l’impertinence et de la provocation.

Une scène nue, une toile tendue, 4 personnages, 2 musiciens et projection d’images en stop-motion.

Les différentes étapes :

  1. Les images, comme un décor onirique, se sont imposées pour servir les propos de la pièce et Carlos Diaz a souhaité que celles-ci soient le point de départ de la mise en scène.
  2. Lisa Torriente a écrit les scènes additionnelles à réaliser.
  3. La captation des images pour le stop-motion a été réalisée à Cuba en  juin et juillet 2017.
  4. Selon le souhait de Carlos Díaz, la cinéaste et monteuse Isabelle Million (plusieurs œuvres à son actif réalisées à Cuba) et Lisa Torriente ont jouit d’une totale liberté pour décider ensemble ce que devaient être ses scènes.
  5. Le montage et la réalisation proprement dite seront l’œuvre exclusive d’Isabelle Million et du réalisateur et artiste plasticien cubain Adolfo Izquierdo
  6. La mise en place de la pièce en janvier 2019 : une focalisation sur le jeu des comédiens, le texte, la mise en lumière, les insertions des images animées, où objets détournés et personnages raconteront ce que les mots ne diront pas.
  7. La musique avec des percussions (Michel Kun et ses 3 tambours Batá), du Son (rythmes traditionnels cubains), les voix d’Amanda Cepero, de Lorenzo Tartabull et de Coralia Rodríguez apporteront à bon escient la magie du voyage dans un spectacle complet mêlant plusieurs disciplines artistiques.

 

Création et tournée

Quatre jours pour présenter notre travail dans l’écrin délicat qu’est le Casino-théâtre de Rolle sont des opportunités dont nous saisissons toutes les promesses. La confiance et l’intérêt qui nous sont témoignés nous démontrent une ouverture singulière à notre culture et aux ponts jetés à la rencontre des « autres », si différents et si proches.

Des contacts sont pris en Suisse romande, en Suisse allemande (associations francophones) et en France voisine ainsi que la participation à plusieurs festivals à l’été 2019.

POUR L’AUTEUR

Le titre est venu d’abord comme un clin d’œil. Puis frappée par l’art avec lequel les personnages dissimulaient leurs vrais désirs, il a induit une évolution dans l’histoire racontée.
« Les gens ne sont pas ce qu’ils sont » répète Regla pour mettre en garde Max qui, à l’occasion, malgré une sincérité affichée, cache bien son jeu au bout du compte.

Ici pas de noces célébrées en conclusion, pas de réponses aux questions soulevées, la fin est laissée à l’appréciation des spectateurs qui prendront peut-être les paris d’un dénouement heureux. Max aime Luz, sa femme, qui aime un comédien. Elisabeth, récente veuve d’un ami du couple, aime Barbaro, cubain désargenté qui souhaite quitter son île. Max et Elisabeth ne changent pas leurs véritables objectifs, ou du moins, rien ne dit qu’ils les remettent en question ou qu’ils vont le faire. Ce chassé-croisé d’amour en fuite entre Max et Luz, arbitré par Elisabeth, Caridad et Regla, met en exergue la constance des sentiments d’un homme, ses inconscientes tricheries, ses doutes et ses peurs.

Dans La Double Inconstance de Marivaux, un chassé-croisé amoureux se conclut par deux mariages, soit deux mésalliances. De nos jours, ces dernières ne choquent plus personne. Ainsi, les princes épousent des bergères divorcées et mères sans qu’ils soient obligés d’abdiquer leur droit à régner. Par contre, malgré les discours libertaires, les femmes qui s’affichent aujourd’hui avec plus jeunes qu’elles ont droit au titre de « cougar ». Rien n’a été inventé pour les hommes qui exhibent depuis toujours leurs jeunes conquêtes. Que dire encore des mariages mixtes qui sont toujours plus fréquents ? Sont-ils viables ? Sont-ils toujours basés sur des raisons économiques du migrant et sur l’exploitation sentimentale et matérielle du « pauvre » occidental ?

La Double Constance développe deux intrigues parallèles, celle de Max et de Luz, celle d’Elisabeth et de Barbaro. Chacun des héros est double : le cœur de Max oscille entre sa fidélité à Luz et son attirance pour Caridad. Elisabeth se joue de Max comme elle se joue de Barbaro.

Max souhaite être fidèle à Luz sans réussir à échapper au trouble qu’éveille en lui une jeune femme, trop jeune pour lui, mais qui justement par sa jeunesse lui offre peut-être encore un avenir amoureux, la possibilité d’avoir des enfants. Il hésite entre sa vie avec Luz – compromise sans doute - et la promesse future que suscite en lui Caridad. Cette dernière, sans doute charmée intellectuellement par Max, peut-elle être attirée par l’homme de chair ?

Inconsciente ou assumée, la duplicité apparaît comme l’un des traits fondamentaux du cœur humain. Pour traduire cela sur la scène d’un théâtre, il faut pouvoir montrer ce qui fait passer les êtres de la lucidité à la manipulation sans tomber dans la démonstration.

Rien n’est simple chez les êtres, même chez ceux qui font profession de foi d’être sans état d’âme.